martes, 8 de abril de 2014

Manuels scolaires : manipulant ou manipulé ?, par Laurence De Cock (Le Monde diplomatique)

Manuels scolaires : manipulant ou manipulé ?, par Laurence De Cock (Le Monde diplomatique)



Bien qu’il n’ait plus grand-chose à voir avec ses ancêtres de
l’époque des tableaux noirs et de l’encre violette, le manuel scolaire
continue de nourrir une certaine suspicion. Laquelle naît d’une question
légitime : quel type d’enseignement assure-t-on aux enfants ?




Il serait excessif de prétendre qu’aucun rapport n’existe entre le
contenu d’un manuel d’histoire et ce qui est transmis en classe. Mais,
comme n’importe quelle source, le manuel mérite d’être interrogé dans
une triple dimension : en amont (les modalités et les acteurs de sa
confection), en aval (ses usages par les enseignants et les élèves) et
dans son contenu (récit d’histoire, activités proposées, ressources
mobilisé). D’ailleurs, de nombreuses enquêtes à son sujet existent en
histoire ou en sociologie de l’éducation (1), et elles pointent, aujourd’hui comme hier, un décalage important entre le récit prescrit et le récit transmis.




Jusqu’au milieu des années 1970, date à laquelle l’enseignement de
l’histoire s’ouvre aux pédagogies actives, le manuel était conçu comme
un long récit linéaire, illustré par quelques documents. Il était par là
adapté aux cours, majoritairement magistraux et centrés sur le récit du
maître. L’enseignement de l’histoire relevait surtout d’une
transmission descendante, favorisant une posture d’adhésion à un
discours. Il se « racontait » d’abord, se « récitait » ensuite.




Cette forme initiale peut laisser supposer une équivalence entre le
récit du manuel et celui de l’enseignant. La réalité était tout autre.
Ainsi, on ne peut plus sérieusement prétendre que les petits indigènes
des colonies ânonnaient du « Il y a deux mille ans, notre pays s’appelait la Gaule et ses habitants les Gaulois » :
les recherches montrent au contraire les adaptations systématiques des
instituteurs colons, appelés officiellement à valoriser l’héritage
autochtone (2).