Il est 20 h 08, le 27 juin 1980, lorsque le DC-9 de la compagnie
Itavia quitte Bologne avec cent treize minutes de retard. A son bord,
les quatre membres d’équipage et soixante-dix-sept passagers, dont
treize enfants. Une fois dépassée la chaîne des Apennins, il emprunte le
couloir aérien Ambra 13, qui, en survolant la mer Tyrrhénienne, mène à
Palerme, sa destination finale. Visibilité parfaite et communications de
routine. Mais, à 20 h 59, sur l’enregistrement vocal, on entend
le commandant s’adresser subitement à son second. Ce n’est en fait
qu’un demi-mot : « Gua... » Peut-être : « Guarda ! » (« Regarde ! ») .
Personne ne le saura. La voix s’interrompt brusquement ; le signal radar
disparaît au-dessus de la petite île d’Ustica, située à soixante
kilomètres de la Sicile. Le DC-9 se brise en trois morceaux et s’enfonce
dans la mer, à trois mille sept cents mètres de profondeur.
S’engage alors une partie de poker dont les cartes sont manipulées par
les gouvernements, les autorités militaires et les services secrets de
quatre pays (l’Italie, la France, les Etats-Unis et la Libye). Une
partie exténuante, à l’enjeu inavouable : occulter la vérité sur
l’explosion en plein vol d’un avion de ligne et la mort de ses
quatre-vingt-un passagers. C’est là le secret de ce qu’on appelle en
Italie le « massacre d’Ustica ».