Grande manifestation des indépendantistes catalans à Barcelone avant les régionales
Agitant fièrement des drapeaux catalans, plusieurs centaines de
milliers de partisans de l'indépendance de la région ont défilé vendredi
dans les rues de Barcelone. Une démonstration de force à 15 jours des
élections régionales.
Avec le drapeau catalan, rouge et or, comme symbole de ralliement, entre 500 000 et 1,4 million de personnes ont manifesté à
Barcelone, vendredi 11 septembre, pour afficher leur soutien aux listes
prônant la sécession de cette région espagnole lors des élections régionales du 27 septembre.
Nicolas Liendo, 39 ans et chef d'un restaurant, a dévalé l'avenue des
Ramblas pour aller rejoindre la manifestation en fin d'après-midi :
"C'est avec joie que nous voulons bâtir une nouvelle république
catalane, sans roi, sans pouvoir central qui nous traite comme de
mauvais enfants."
"Je ne m'identifie pas à l'Espagne"
Des centaines d'autocars ont convergé vers Barcelone, la seconde
ville d'Espagne, pour transporter les militants. Alors que les
organisateurs disaient attendre près d'un demi-million de personnes pour
cette manifestation, qui s'est étirée sur les cinq kilomètres d'une
artère du nord de Barcelone, la police locale a dit en avoir
comptabilisé pas moins de 1,4 million. Le gouvernement de Madrid a en
revanche évoqué le chiffre d’un demi-million de participants.
Originaire de Vic, à 80 km de la capitale catalane, Laura Alastruey,
24 ans, est venue en moto avec son copain pour soutenir "la création
d'un pays catalan" : "Plus qu'une question économique, ce qui compte
pour moi, c'est la défense de la langue. Et cela relève d'un sentiment :
je ne m'identifie pas à l'Espagne."
"Nous ne demandons pas la Lune, a affirmé le président de l'exécutif
catalan, Artur Mas, devant la presse internationale. Nous aspirons à ce
que la plupart des nations européennes ont déjà, c'est-à-dire un État."
Les régionales comme un plébiscite sur l'indépendance
Artur Mas et ses colistiers ont formé une large coalition
indépendantiste, du centre droit à la gauche radicale. Ils présentent
les élections régionales comme un plébiscite, pour ou contre leur projet
de conduire la Catalogne vers la sécession en seulement 18 mois.
Depuis 2012, la région n'a eu de cesse de réclamer un référendum, sur
le modèle des consultations sur la souveraineté du Québec et de l'Écosse, qui se sont soldées par la victoire du non. Le président du gouvernement espagnol, le conservateur Mariano Rajoy,
l'a toujours refusé, faisant valoir que selon la Constitution, il
revient à tous les Espagnols de se prononcer sur l'unité du pays.
En novembre dernier, la région avait organisé un référendum symbolique, rejeté par Madrid. Les votants s'étaient naturellement exprimés en faveur de la sécession.
>> À lire sur France 24 : La Catalogne convoque une "élection-plébiscite" en vue de l'indépendance
Selon les sondages en vue des régionales, les deux listes
indépendantistes, "Junts pel si" et celle la CUP (extrême gauche),
obtiendraient une majorité absolue en sièges au parlement catalan (68 à
74), sans pour autant réunir la moitié des voix (44 à 46 %). Or Artur
Mas affirme que 68 sièges lui suffiraient pour lancer le processus
devant aboutir à une déclaration unilatérale d'indépendance d'ici 2017.
Mais bon nombre de Catalans observent avec inquiétude ce processus :
"J'en ai marre de cette histoire, je me sens de Barcelone mais pas de
la nation catalane ni de la nation espagnole", peste Joan Madorell,
architecte paysagiste de 51 ans, à une terrasse de Barcelone. "C'est un
scandale que Madrid refuse un référendum que 80 % des Catalans
veulent", dit-il, avant d'ajouter : "Mais c'est également un scandale
que Mas et ses colistiers fassent des élections en disant que même sans
obtenir une majorité de voix, ils se sentiront les vainqueurs."